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Film : visite du lycée

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Livres

Par nadine Sztanke, professeur de lettres classiques au lycée Voltaire
(extrait du livre du centenaire, éditions "le livre de l'année" 1989)

Je travaille au lycée Voltaire. Pour mes enfants, encore petits, Voltaire c'est ... le lycée de maman et rien d'autre. Pour mes élèves aussi, Voltaire c'est d'abord et surtout un lieu : de travail ? de bien-être ? en tout ces, un lieu de passage obligé pendant un grand nombre d'heures chaque semaine, et ce pendant quelques années ! Pour les habitants du Xlème arrondissement, c'est une grande bâtisse, plutôt massive et fermée, qui n'a pas très l'air avenant ... (même si les planchers parfois s'y "gondolent", au gré de l'humidité ambiante, dans le couloir des salles 130 ... )

Mais pourquoi Voltaire? pourquoi ce nom? Parce que c'est l'un de nos "classiques"? Classique, cela fait un peu ... démodé, texte scolaire et uniquement scolaire, petites collections qu'on feuillette avant les examens! Voltaire, un classique? Bien sûr : c'est un philosophe, un conteur, un dramaturge, vous diront tous ses biographes. Ses tragédies, difficile d'en parler : de nos jours, elles ne correspondent plus au goût des lecteurs ni des spectateurs, c'est le moins qu'on puisse en dire. Mais ses contes, on les lit encore, du moins dans les milieux scolaires et universitaires, où l'on fait toujours "cultiver son jardin" à un Candide mûri par un long tour du monde. C'est qu'ils ont toujours les mêmes vertus : narration allègre, fourmillement de la pensée, et surtout : le rire! Que Voltaire sache nous faire sourire, ce n'est pas son moindre mérite.

Quand à ses lettres, qu'elles soient amicales ou "philosophiques", aux articles du Dictionnaire philosophique, à tant de libelles, de pamphlets, ils semblent avoir prévu notre époque vie politique, réflexions économiques et sociales, réflexions morales surtout peuvent, avec l'ajustement à l'écoulement du temps, s'appliquer à notre XXème siècle, ce "siècle de fer" dont il aurait sans doute admiré les progrès et fustigé les travers, comme il l'a fait pour son époque.

Voltaire, un classique? Alors, pourquoi sur un hebdomadaire très récent, L'événement du jeudi du 2 mars 1989, appelle-t-on en couverture, Voltaire au secours? Pourquoi, sur Le Monde du même jour , le buste narquois de Voltaire figure-t-il au dessus d'un article de Philippe Sollers intitulé : "la littérature est-elle dangereuse?". Voltaire, c'est encore et toujours celui auquel on se réfère, encore et toujours, dès qu'il s'agit de défendre rationalité, liberté d'expression, liberté de pensée. Et c'est donc Voltaire, aujourd'hui, qu'on tire du fond du XVIllème siècle pour défendre la liberté d'écrire d'un Salman Rushdie, venu de l'Inde pour produire son oeuvre en Angleterre... C'est peut-être cela l'universalité de la pensée que l'on fasse se rencontrer l'esprit mordant qui, au XVIllème siècle, depuis les environs de Genève écrivait : "Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez le dire", et le romancier du XXème siècle qu'on veut assassiner pour un livre!

Ainsi, si le nom de Voltaire a aujourd'hui encore un sens, me semble-t-il, c'est parce qu'il nous a appris à regarder les choses d'un peu plus loin, avec le regard à la fois naïf et lucide d'un Babouc ou d'un Micromégas qui découvrirait les turbulences de notre monde; c'est aussi et surtout parce qu'il a voulu la tolérance, la liberté d'expression, la reconnaissance de l'existence de l'autre, même s'il ne pensait pas comme lui.

Tout compte fait, il se serait peut-être reconnu dans cet établissement scolaire, jeune et plein de la vie bouillonnante de ses élèves malgré la vieillesse de ses murs, et si divers par les matières enseignées et les sections qui s'y côtoient. Ce lycée qui tire son nom d'un homme du XVIIIème siècle, son cadre d'une architecture du XIXème siècle, a bien sa place et dans le Paris de 1989 et dans l'héritage de la pensée de Voltaire.