banner

Film : visite du lycée

lycee-en-video

Evénements passés

affiche-expo-grand-meaulnes-16nov
2013 (expositions, conférence)

2012-aalvp-expo-20octobre
2012 (exposition)

2007oct13expo
2007 (exposition)

Livres

livre-upalv.gif

Par Roland Tiessart né en 1906, ayant fréquenté le lycée de 1911 à 1921

(extrait du livre du centenaire, éditions "le livre de l'année" 1989)

Je suis entré au lycée Voltaire en octobre 1911. Les horaires de classe étaient : 8h30-10h30 et 14h-16h. Notre professeur de gymnastique, Mr Profizi, nous faisait marcher au pas dans la cour ou dans la salle de gymnastique en chantant : " En revenant, j'ai rencontré le prince" . Cette salle était grande, je la trouve toujours grande en 1978, car du boulevard de Ménilmontant, par les fenêtres, on peut apercevoir les poutres où étaient fixées les cordes lisses ou à noeuds. La moitié du sol était constituée par un plancher, l'autre par de la sciure, sous les agrès [ndlr : le plancher a été rehaussé il y a quelques années quand on a aménagé le self-service]. La hauteur était d'une dizaine de mètres. Un seul d'entre nous montait jusqu'au haut de la corde lisse : Beuchard. [...]

Avant la guerre de 1914, chaque année, la fête du lycée était organisée et financée par les anciens élèves. Dans la cour centrale était dressé un manège de chevaux de bois; c'était la bagarre pour y monter et y rester. Dans un préau [ndlr : ce préau devait, en fait, occuper l'emplacement de l'actuelle salle de cinéma], un cinématographe dispensait des films amusants; il y avait aussi un guignol et de la musique. Cette cour, que l'on peut voir par la porte de l'avenue de la République est maintenant encombrée de bâtiments plus ou moins provisoires [ndlr : ces bâtiments en préfabriqué, saccagés en 1968, ont été demontés en 1971] car le nombre des élèves a considérablement augmenté.

En classe, la tenue obligatoire était le tablier noir, pas très salissant. Mais comme on le lavait rarement, il s'en dégageait une odeur faible, mais peu agréable. Les encriers individuels en porcelaine étaient encastrés dans la partie horizontale de chaque pupitre et ne pouvaient se renverser. Ils étaient remplis par les soins de l'administration.

Le 1er août 1914 la guerre éclata. Le lycée Voltaire fut transformé en hôpital pour les blessés. Les grandes classes furent transférées rue Debelleyme, quant aux petites, Madame Dursent se débrouilla pour trouver un local : le père d'un de ses élèves avait une fonderie avenue Philippe Auguste dont le dernier étage était inutilisé. Elle y fit aménager une salle de classe très convenable où elle nous donna les cours de 8e [ndlr : équivalent du CM1].

Quand on nous rendit le lycée Voltaire, en 1916, nous eûmes Mr Carnoy. Il avait la cinquantaine, des cheveux grisonnants, assez longs, genre artiste ; il trouvait que nous écrivions mal, nous faisait faire des pages d'écriture, mais il nous enseigna la ronde et le gothique ce qui était une bonne chose.

Le proviseur, Mr Ferval, était de petite taille ; le censeur, en revanche, Mr Gardet, avait deux têtes de plus que lui; nous disions en l'apercevant : "22 ! voilà Alfred! (son prénom)". Mais il devint bientôt "Périscope" en raison de sa taille, de son chapeau melon, mais surtout parce que sa tête penchée à l'extrémité tournait dans toutes les directions.[...]

Je fus invité un jour à la Saint Charlemagne. J'avais eu une place de premier pendant le 1er trimestre. Un déjeuner était servi un jeudi [ndlr : le mercredi a aujourd'hui remplacé le jeudi comme jour sans classe] dans le réfectoire des demi-pensionnaires à 11h30. Il y avait des petits pois que je détestais, et malgré l'effort gastronomique réalisé par le lycée, on était tout de même dans un réfectoire. [...]

Dans l'enseignement secondaire, il n'y avait pas de certificat d'études. L'admission en 6e avait la même valeur. J'étais en D je n'apprenais donc pas le latin [...]. Je plaignais ceux qui en faisaient car ils trimbalaient d'énormes dictionnaires. Le cours de physique et de chimie était fait par Mr Gali, dans un petit amphithéâtre. Les expériences faites sur le grand comptoir blanc ne réussissaient pas toujours[...].

La cinquième ne me laissa aucun souvenir spécial, mais pour la quatrième, on décida que je préparerais l'école des Arts et Métiers. Les matières étaient sensiblement les mêmes qu'en D, mais on apprenait en plus le travail du fer. C'est Mr Laurent, que je soupçonne d'avoir été un ancien contremaître, qui nous l'enseignait, ainsi que le dessin industriel. L'atelier était installé dans un préau, celui-là même où jadis il y avait eu cinéma [ndlr : l'auteur doit confondre. Il devait être dans l'autre cour, où se trouve l'atelier actuel] lors de la fête du lycée. Huit établis étaient répartis dans ce local, avec deux étaux de chaque côté. Un grillage se dressait verticalement au milieu pour éviter d'envoyer des éclats de fer au voisin d'en face. Mais il ne descendait pas jusqu'à la table : il restait un espace libre d'environ quinze centimètres. Notre outillage se composait de deux limes, une grosse et une fine, d'un burin, d'un bédane, d'un réglet, d'une équerre et d'un compas à pointe sèche. Nous apprenions à limer en croisent le trait pour obtenir une surface plane, mais j'avais remarqué qu'en frottant la pièce sur la lime, on obtenait un résultat supérieur... Mais c'était défendu [...]. L'affûtage du burin et du bédane se faisait au moyen d'une grande meule en grès trempant dans un bac à eau; il fallait être deux, l'un qui tournait et l'autre qui aiguisait. Elle s'usait rapidement et se désolidarisait de son axe, ce qui faisait dire à notre professeur : "Ici, on ne forme pas des ingénieurs constructeurs, mais des ingénieurs démolisseurs".

En dessin industriel, nous étions aussi quatre par table, mais du même côté. En français, nous avions Mr Massinon[...]. Il avait écrit pour notre usage un livre sur la littérature correspondant au programme, et il nous entretenait parfois de sujets divers : "Si jamais l'un de vous devient parlementaire, surtout, qu'il n'accepte jamais le mandat impératif". Il avait eu dans sa classe l'élève Edgar Faure, aussi je ne fus pas étonné d'entendre ce dernier soutenir ce principe.

Par le plus grand des hasards, le 1er février 1980, je le rencontre à la salle Drouot rive gauche, je m'incline et nous échangeons une poignée de mains. "- Nous avons eu le même professeur de français au lycée Voltaire, Mr Massinon. - Certainement, je m'en souviens. - Vous souvenez-vous que naguère il était contre le mandat impératif, comme vous-même?...." Il eut l'air dubitatif mais intéressé. Visiblement, il ne se rappelait plus que la première fois qu'il avait entendu parler de Ia chose, c'était en classe de français.