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Film : visite du lycée

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2007 (exposition)

Livres

Par Micheline Michel (professeur de lettres)
Texte Publié dans le "Livre du centenaire du lycée voltaire", en 1989.
Septembre 1969, deux jours avant la rentrée, je me présentai, tremblante d'appréhension, eu lycée Voltaire pour la première entrevue d'usage avec M. le Proviseur. J'étais peu habituée aux établissements parisiens, le hall d'accueil me "glaça". Je le traversai à vive allure pour... revenir sur mes pas et découvrir, à l'entrée d'un long corridor, une plaque commémorative : Alain-Fournier. Grands dieux ! un "pays" m'avait précédée ici, c'était un heureux présage. Tout irait bien.
Une semaine plus tard, j'étais dans "ma" classe de sixième qui avec ses gradins et ses tables fixes devait ressembler fort à celle qu'avait connue en 1899 "l'élève Henri Fournier, externe de la Chapelle d'Angillon" comme le mentionnent les registres du lycée. Qu'avait éprouvé le petit garçon de treize ans qui venait d'avoir son certificat d'études, en préparant son départ pour Paris ? Probablement comme Meaulnes "le regret et la crainte de quitter ce cher pays" pour une ville qu'il détesta d'emblée "d'une haine de paysan". Je découvris plus tard qu'il avait été un digne fils d'instituteurs, un élève non seulement studieux, mais brillant. Probablement a-t-il écouté, avec le sérieux d'un enfant bien élevé, les longs discours académiques et moralisateurs des distributions de prix, et avec satisfaction la lecture des palmarès. Pendant trois ans, il fut prix d'excellence et "rafla" pour ainsi dire tous les premiers prix. Par la suite, attiré par une vie d'aventures - il rêvait comme Frantz de Gelais d'être officier de marine - il quitta Paris pour Brest.
Par Micheline Michel (professeur de lettres)
Texte Publié dans le Livre du centenaire du lycée voltaire, en 1989.
Septembre 1969, deux jours avant la rentrée, je me présentai, tremblante d'appréhension, eu lycée Voltaire pour la première entrevue d'usage avec M. le Proviseur. J'étais peu habituée aux établissements parisiens, le hall d'accueil me "glaça". Je le traversai à vive allure pour... revenir sur mes pas et découvrir, à l'entrée d'un long corridor, une plaque commémorative : Alain-Fournier. Grands dieux ! un "pays" m'avait précédée ici, c'était un heureux présage. Tout irait bien.
Une semaine plus tard, j'étais dans "ma" classe de sixième qui avec ses gradins et ses tables fixes devait ressembler fort à celle qu'avait connue en 1899 "l'élève Henri Fournier, externe de la Chapelle d'Angillon" comme le mentionnent les registres du lycée. Qu'avait éprouvé le petit garçon de treize ans qui venait d'avoir son certificat d'études, en préparant son départ pour Paris ? Probablement comme Meaulnes "le regret et la crainte de quitter ce cher pays" pour une ville qu'il détesta d'emblée "d'une haine de paysan". Je découvris plus tard qu'il avait été un digne fils d'instituteurs, un élève non seulement studieux, mais brillant. Probablement a-t-il écouté, avec le sérieux d'un enfant bien élevé, les longs discours académiques et moralisateurs des distributions de prix, et avec satisfaction la lecture des palmarès. Pendant trois ans, il fut prix d'excellence et "rafla" pour ainsi dire tous les premiers prix. Par la suite, attiré par une vie d'aventures - il rêvait comme Frantz de Gelais d'être officier de marine - il quitta Paris pour Brest.

Mais pourquoi écrire une biographie de celui que tout le monde connaît désormais sous le nom d'Alain-Fournier ? Tant de correspondances, de souvenirs publiés, d'expositions, de travaux érudits ont fait connaître sa vie et son oeuvre qu'il serait bien vaniteux de ma part d'y ajouter quelque chose.
Alain-Fournier, je l'ai "rencontré" hors du contexte scolaire. Il appartient en quelque sorte à mon histoire familiale. Petite paysanne mi-berrichonne, mi solognote, j'ai d'abord découvert è quelques kilomètres de mon village sa maison natale, modeste maison basse comme toutes celles du Berry. Puis un oncle avait fait comme lui ses classes d'élève officier et avait conservé dans un album la photo sépia d'un jeune homme au fin visage, sanglant dans un uniforme et qu'on disait "promis à un brillent avenir et aimé d'une actrice". Cet oncle, un des officiers survivants, très meurtri, de la tragédie des Eparges, avait été, un des premiers, averti de la mort du lieutenant Fournier.
J'étais donc bien préparée à lire avec ferveur le Grand Meaulnes quand on m'en fit présent. Ce que j'y découvris, à douze ans, c'est évidemment une merveilleuse histoire d'amour et d'amitié qui me fit beaucoup pleurer. Mais aussi, ô stupeur ! des paysages et une vie de village et d'école que je connaissais : la campagne berrichonne avait peu évolué dans la première moitié du siècle. Mon univers quotidien était entré dans la littérature. Cela me touchait beaucoup plus que La petite Fadette.
Quand je retourne dans mon pays bouleversé, je retrouve, certes, la Sauldre et le cour du Cher, l'horizon bleuâtre de la motte d'Humbligny et quelque étang couvert de brumes, la cathédrale de Bourges et le jardin de l'Archevêché, mais je cherche en vain la campagne du Grand Meaulnes : les villages n'ont plus d'âme et ce que l'on a voulu "préserver" me semble aussi "truqué" que les décors du film que je n'ai pas aimé. Mais Alain-Fournier n'a-t-il par voulu pérenniser pour nous, par récriture, le monde de son enfance heureuse?
Plus de soixante-quinze ans après sa publication, le livre jarde la faveur du grand public. Pour expliquer la permanence de cet intérêt, certains prétendent qu'il jouit du prestige de l'oeuvre unique, littérairement inclassable, d'un jeune écrivain au destin tragique. D'autres affirment, et je partage leur avis, que c'est un chef-d'oeuvre.
Et les adolescents d'aujourd'hui, qui s'identifient parfois encore à François Seurel ou à Augustin Meaulnes, qu'y trouvent-ils?
- Un roman  sentimental et d'aventure où le mystère est soigneusement entretenu ?
- Des   jeunes   gens   qui   leur   ressemblent   avec   leurs contradictions, leur goût du jeu, de la bagarre, leur vie de bande et leur désir d'être pris pour des adultes, leur soif  d'amour et d'amitié, mais aussi leur susceptibilité et leur cruauté ?
- Une insatisfaction née de la vie quotidienne qui les pousse comme François Seurel à chercher "quelque chose de mystérieux", "le passage dont il est question dans les livres et dont le prince
arassé de fatigue n'a pu trouver l'entrée"
et que l'on aperçoit "comme une longue avenue sombre dont la sortie est un rond de lumière tout petit".

Mais "la longue avenue débouche sur une clairière qui se trouve être tout simplement un pré". Si à quinze ans on découvre que les grandes joies tant attendues sont souvent porteuses de déceptions et de cruelles souffrances, peut-être peut-on comprendre comme Meaulnes que pour trouver le "domaine sans nom", l'idéal auquel on aspire, il faut "atteindre à une hauteur, à un degré de pureté et de perfection" qui semble inaccessible. Ce constat douloureux peut n'être pas désespérant mais exaltant.